Accord du Mercosur : Pourquoi la filière s’inquiète ?

Mobilisation agricole, souveraineté alimentaire, concurrence déloyale… L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur revient sur le devant de la scène début 2026. Après plus de 25 ans de négociations, ce traité pourrait bouleverser durablement l’agriculture française, en particulier la filière apicole.
Qu’est-ce que le Mercosur ? Définition et origine
Le Mercosur (ou Mercado Común del Sur, traduit par Marché commun du Sud) est une alliance économique sud-américaine créée en 1991. Elle regroupe principalement le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.

Aujourd’hui, le Mercosur représente :
- Plus de 80 % du PIB sud-américain
- Le 4ᵉ plus grand bloc de libre-échange au monde
- Un poids stratégique majeur dans le commerce agricole mondial
Son objectif initial : faciliter les échanges commerciaux entre ses États membres grâce à la réduction ou suppression des droits de douane.
Qu’est-ce qu’un accord de libre-échange ? Que comprend celui de l’UE-Mercosur ?
Une zone de libre-échange est un espace dans lequel les pays signataires abaissent ou suppriment les taxes douanières, ceci afin de favoriser la circulation des marchandises. Dans le cas de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, l’ambition affichée est claire : créer la plus grande zone d’échange du monde. Ainsi, l’Union Européenne exporterait davantage de voitures, machines, produits industriels et vins. Quant au Mercosur, il exporterait davantage de viande bovine, volaille, sucre, soja, riz… et miel.
Un échange souvent résumé par l’expression : * « Cars for cows » : des voitures contre des vaches.

25 ans de négociations : pourquoi cet accord a-t-il été engagé ?
Les négociations entre l’Union Européenne et le Mercosur ont débuté il y a plus de 25 ans, avec plusieurs objectifs affichés :
- Renforcer la compétitivité européenne avec la suppressions de près de 90% des droits de douanes
- Sécuriser des débouchés industriels
- S’imposer face aux accords signés par la Chine ou les États-Unis en Amérique du Sud
Cependant, depuis plus de deux décennies, ce projet suscite une opposition croissante du monde agricole, en raison des écarts majeurs de normes de production et de traçabilité.
Des normes de production radicalement différentes
Un choc des modèles agricoles
Les agriculteurs dénoncent une concurrence structurellement inéquitable et déloyale. Les pays du Mercosur en effet autorisent l’utilisation de pesticides interdits en Europe. Mais ce n’est pas tout. Outre l’usage des pesticides, les normes sanitaires dans ces pays sont moins strictes. Enfin, les couts de production sont bien plus faibles que ceux réalisés en Europe, plus notamment en France.

L’exemple du Fipronil, insecticide interdit en Europe est un symbole fort
Ce produit dont l’usage est interdit en Europe, est en même temps produit notamment en France et exporté vers des pays tiers comme l’Indonésie pour la production d’huile de palme ou encore le Brésil, où il est utilisé sur les champs de canne à sucre.
Résultat : « On va se retrouver avec une réduction des droits de douanes sur l’exportation de ces pesticides interdits, mais aussi sur les produits que nous allons importer chez nous et qui utilisent ces pesticides. »
— Extrait de « Sur le front », Hugo Clément
Des impacts écologiques et environnementaux majeurs
Transport et déforestation : les grandes inquiétudes
L’accord UE–Mercosur soulève de lourdes craintes environnementales :
- Explosion des flux maritimes générant de fait une empreinte carbone accrue
- Déforestation, notamment en Amazonie, liée à l’extension des cultures de soja et de l’élevage bovin
- Artificialisation des sols provoquant l’érosion de la biodiversité
Bien que des engagements environnementaux figurent dans le traité, de nombreuses ONG doutent fortement de leur application réelle.

Mobilisation des agriculteurs début 2026 : une colère qui monte
Depuis le début de l’année 2026, les mobilisations agricoles se multiplient en France et en Europe.
Les syndicats dénoncent à la fois :
- Une mise en concurrence déloyale
- Une pression sur les prix agricoles
- Un risque massif de disparition d’exploitations
Véronique Le Floc’h, présidente de la Coordination rurale, alerte : « C’est un agricide qui se prépare. La faillite annoncée de milliers d’exploitations françaises. Ce traité condamne notre souveraineté alimentaire. »

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Focus essentiel : quel impact sur la filière apicole française ?
Le miel, un produit particulièrement exposé
La filière apicole française est l’une des grandes oubliées du débat public, alors qu’elle est directement concernée par le traité. Avec l’accord Mercosur, les apiculteurs de France devraient faire face à plusieurs défis majeurs :
- La baisse, voire suppression des droits de douane sur le miel importé
- L’arrivée massive de miel à bas coût en provenance du Brésil ou d’Argentine, déjà présents sur nos rayons. Autre article sur le sujet : faux miels – comment les reconnaitre
- Pression extrême sur les prix du miel français

Les apiculteurs français critiquent l’absence de plusieurs garde-fous dans l’accord UE-Mercosur, parmi lesquels :
- Pas de clause miroir : Les produits importés ne sont pas soumis aux mêmes normes que celles imposées aux producteurs européens.
- Pas de clause de sauvegarde efficace : Impossible de bloquer rapidement les importations en cas de crise du marché.
- Pas de prix plancher : Les prix peuvent s’effondrer sous l’effet des importations massives.
- Traçabilité insuffisante : Difficulté à identifier l’origine réelle et les conditions de production.
Résultat : une concurrence déloyale qui menace la viabilité économique des ruchers français.

Conclusion : un choix de société pour l’agriculture européenne
L’accord UE–Mercosur pose une question centrale : Veut-on sacrifier des filières agricoles entières au nom du libre-échange ? Pour les apiculteurs français, l’enjeu est vital :
- Préserver un miel de qualité, récolté et produit dans le respect de l’environnement et du vivant
- Défendre un modèle agricole durable. Les apiculteurs du réseau Un Toit Pour Les Abeilles sont signataires d’une charte éthique de bonnes pratiques environnementales et apicoles.
- Garantir la souveraineté alimentaire
Le débat est loin d’être clos, mais une chose est sûre : la vigilance citoyenne et agricole n’a jamais été aussi nécessaire.
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